Au nord du Maroc, la proximité avec l’Espagne se fait ressentir, notamment par le mélange entre les cultures marocaine et andalouse, les influences architecturales coloniales et la langue espagnole nettement plus présente. Tanger, Tétouan et Chefchaouen constituent les villes les plus représentatives de ce croisement.
Si vous êtes pressés et que vous souhaitez passer par les trois villes, il est possible de les visiter en 2-3 journées. Comptez a minima une journée complète et une nuit à Tanger, un départ matinal pour Tétouan avec une halte de 3h avant de poursuivre votre route vers Chefchaouen pour y arriver en début d’après-midi. Cependant, pour parcourir l’itinéraire complet détaillé ci-dessous, il est préférable de compter 4-5 jours. Cet article vous donnera plusieurs options pour consacrer plus de temps à Tanger ou aux environs de Tétouan et Chefchaouen où plusieurs randonnées sont possibles.




Aperçu
TANGER – Ville d’inspiration aux portes de l’Europe
TETOUAN – Médina blanche authentique à l’écart des sentiers battus
CHEFCHAOUEN – Perle bleue du Rif
AKCHOUR – Escapade dans des gorges aux piscines d’eau turquoise
RANDONNEE DE CHEFCHAOUEN A AKCHOUR
https://goo.gl/maps/MoDx9hNF56RxLD5y5
Informations pratiques
La meilleure période de l’année pour visiter cette région est durant les mois de mai, juin, septembre et octobre où les températures sont plus modérées, le risque de pluie faible, et les hordes de touristes se sont (un peu) dissipées.
Il y a de bonnes connexions en bus entre les trois villes, notamment via la compagnie CTM qui permet d’acheter les billets en ligne via leur application. Pour Akchour, plusieurs grands taxis partagés partent de Chefchaouen et Tétouan.
TANGER
Situé aux portes de l’Europe, à une trentaine de kilomètres seulement de la côte espagnole, Tanger surplombe la Méditerannée. Son relief octroie au centre ville plusieurs panoramas parsemés du bleu de la mer. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi des artistes comme Henri Matisse, Yves Saint-Laurent ou les Rolling Stones y ont élu domicile.

La médina et ses alentours
Le cœur de Tanger se situe dans sa médina, un dédale de ruelles en pente qui constitue le meilleur endroit pour s’imprégner de l’atmosphère si particulière de cette ville.
La kasbah est le point culminant de la médina. Avec ses murs d’un blanc éclatant, ses bougainvilliers et ses petits restaurants branchés, c’est un passage immanquable de votre visite de la médina.


En venant de l’extérieur de la médina, l’accès se fait par la Bab Kasbah, une imposante porte menant sur une place entourée d’épaisses murailles sur laquelle se situent le Morocco Club (décrit dans le paragraphe restaurants) et un petit musée dédié à Ibn Battutta, un des plus grands explorateurs de l’époque. Celui-ci était originaire de Tanger, et a parcouru, au XIVe siècle, l’équivalent de 44 pays contemporains. Son Tombeau se trouve d’ailleurs à Tanger mais ne présente pas de grand intérêt.
Non loin de cette place se trouve la Galerie Conil, une petite galerie dans laquelle la gérante se fera un plaisir de vous expliquer l’histoire de chacun des artistes sans aucune pression d’achat.

En poursuivant votre chemin par une des ruelles partant de cette place, vous tomberez probablement sur la place de la kasbah autour de laquelle se trouvent la Bab Al Bahr, une porte s’ouvrant sur la Méditerrannée, une série de restaurants surplombant la ville et le musée de la kasbah, dont le ticket vous permettra de visiter le musée des cultures méditerranéennes, situé dans très beau bâtiment, et un espace d’art contemporain.
Depuis la Bab Al Bahr, vous pouvez emprunter le chemin partant vers la gauche qui vous emmènera à l’extérieur de la médina vers les tombeaux phéniciens, ancienne nécropole dont il ne reste pas grand chose à l’exception de cavités dans les roches sublimées par leur situation surplombant la Méditerranée, non loin desquels se situe le très populaire café Hafa, détaillé ci-dessous.
Parmi les autres lieux d’intérêts de la médina, je vous conseille de passer par :
- Le Petit Socco : petite place centrale de la médina sur laquelle il est agréable de boire un thé à la menthe en regardant les passants ;
- Le Grand Socco/Place du 9 avril 1947 : situé juste à la sortie de la médina, attenant à un marché dont le marché au poisson vaut le détour, cette place est agréable pour boire un verre, par exemple au cinéma Rif, où se retrouve la jeunesse hipster de Tanger. Ce cinéma organise d’ailleurs régulièrement des cycles intéressants. Allez jeter un œil aux toilettes sans oublier de vous laver les mains.
- Le musée Dar Niaba a réouvert fin 2022. Situé entre le Petit Socco et le Grand Socco, il est hébergé dans une belle demeure coloniale entièrement rénovée. Il retrace l’histoire de Tanger et son statut particulier compte tenu de sa position stratégique et possède une petite collection de peinture.
- Cimetière hébraïque : ce cimetière constitue un témoignage de l’ampleur de la communauté juive qui vivait à Tanger.
- Le musée de la légation américaine :situé dans une belle demeure, ce musée retrace les relations entre les Etats-Unis d’Amérique et le Maroc ;
- Concepts stores : Tanger regorge d’artisans cherchant à se démarquer utilisant le savoir-faire marocain pour créer de nouveaux produits (vêtements, mobilier, œuvres d’art, vaisselle, cosmétique, …), plusieurs de ceux-ci se situent sur la rue de la kasbah dont le plus connu est Las Chicas qui dispose d’un café sur le toit terrasse.
- Fendak Dar D’bagh : ce fondouk (hôtel et entrepôts utilisé par les marchants lors de leurs déplacements sur les routes commerciales de l’époque au Maghreb et au Moyen Orient) a été rénové en petit marché (assez cher) de produits locaux et en petit café, qui vaut un coup d’œil.

Pour le reste de la médina, comme partout au Maroc, le mieux est de s’y perdre afin d’en déceler ses secrets. Vous finirez probablement par retomber sur un endroit par lequel vous êtes déjà passé qui permettra de vous réorienter.
Cap Spartel, parc Rmilat & jardin botanique
Pour ceux disposant d’un peu plus de temps et cherchant à s’échapper de la ville, il est possible d’explorer la zone située à l’ouest de Tanger.
Le parc Rmilat, situé entre Tanger et le Cap Spartel, ce parc, dont la végétation est typique de la région, offre de belles vues sur la Méditerrannée.
Les Donabo Gardens, situé un peu plus loin vers le cap Spartel, mérite de s’y arrêter pour y explorer les différentes plantes regroupées par thématique et y déjeuner face à la Méditerranée avant de poursuivre votre route.
A la croisée entre la Méditérranée et l’océan Atlantique, le cap Spartel ne présente en soi pas de grand intérêt. Cependant la promenade menant vers le sud est agréable et bien aménagée et vous permet de rejoindre plusieurs petits cafés avant d’atteindre la plage vous menant jusqu’aux grottes d’Hercule qui mérite une rapide halte si vous passez par là.


Restaurants
Le choix des restaurants à Tanger est vaste et à l’image de la situation de la ville aux portes de l’Europe. Pour la plupart des restaurants, il est conseillé de réserver à l’avance.
- Tangerino €€/€€€ – Délicieux et valeur sûre. Carte variée. Alcool disponible.
- Villa O Saveurs & Gusto e Sapore €€/€€€ – Très bons français et italien situés au même endroit. Alcool disponible.
- Morocco Club €€/€€€ – Pour boire un verre au piano bar. Alcool disponible.
- Kebdani €/€€ – Traditionnel marocain revisité avec beaucoup de finesse.
- Salon Bleu et Macondo €€ – Deux rooftops dans la kasbah agréables pour leur vue.
- Café Hafa € – repaire populaire des tangérois, surtout le week-end dans lequel vous pourrez déguster pour un prix très modeste un thé ou une Bissara, soupe épaisse typique de pois cassés ou fèves qui vous calera pour quelques heures.
- Saveur de Poisson €€ – Un des meilleurs restaurants de poisson. Menu à 200 MAD.
- Donabo Gardens €€ – Produits frais cultivés sur place. Vue sur la Méditerranée.
- Le Mirage €€€ – Coucher du soleil sur l’Atlantique et cocktails. Code vestimentaire imposé. Alcool disponible.
TETOUAN
Souvent négligée par les voyageurs, la ville de Tétouan mérite d’y faire halte pour explorer sa médina à l’écart des touristes qui se dirigent tous vers Chefchaouen. Ses ruelles étroites bordées de maisons blanches lui confèrent une ambiance paisible et lumineuse. En flânant dans la médina, vous croiserez très probablement plusieurs artisans vaquant à leurs occupations ancestrales donnant une authenticité à la ville de plus en plus rare au Maroc.
Le cimetière juif, avec ses 6 Ha et ses 10 000 tombes, est le plus grand du Maroc. Certaines tombes datent d’avant 1492, date à laquelle les Espagnols ont chassé les Juifs de Tétouan. Mis à part son aspect historique, la balade vers le cimetière offre de belles vues sur Tétouan et les montagnes avoisinantes.

Tétouan s’étale jusqu’à la côte méditerranéenne qui comporte une série de stations balnéaires prises d’assaut par les touristes marocains pendant les mois d’été. Martil, Mdiq et Marina Smir font partie des stations balnéaires proches de Tétouan qui selon moi ne présentent pas un grand intérêt sauf pour les familles ne craignant pas les foules, à la recherche de vacances à la plage.
Dans l’éventualité où vous souhaitez profiter un peu des vues sur la Méditerannée depuis Tétouan, Cabo Negro constitue un endroit où la nature reste préservée et où il est possible de se balader.
Pour visiter la côte Méditerannéenne, ses falaises, ses criques et ses bastions ibériques, un article y étant dédié a été rédigé.
CHEFCHAOUEN
Surnommée le saphir marocain, cette petite ville dont la médina bleue adossée à la montagne ravira les amateurs de photographie, vaut à elle seule le détour.




La ville juive et musulmane était interdite aux chrétiens, sous peine de mort, jusqu’à ce que l’Espagne envahisse la ville en 1920. L’origine du bleu qui fait la spécificité de sa médina n’est pas claire, celle-ci aurait été instaurée entre le XVe siècle et 1930, probablement pour une des raisons suivantes :
- Il s’agit de la couleur représentant, dans la religion juive, le ciel et, par la même occasion, le paradis ;
- Garder les moustiques à l’écart ;
- Maintenir la fraîcheur en été ;
- Représenter la source d’eau Ras-El-Ma.
Dans tous les cas, le renouvellement continu de la peinture bleue, de nos jours, a un but principalement esthétique afin d’attirer les touristes.
Le meilleur moyen de découvrir la petite médina est de s’aventurer dans les petites ruelles et de s’y perdre même si on a tendance à toujours retomber sur la place centrale Uta el Hamman. Cette place tire son nom des pigeons (hammam qui selon la prononciation signifie aussi bains) qui étaient attirés par le marché aux grains tenu à cet endroit jusque dans les années 1970. Autour de cette place se situent la mosquée principale de la médina, avec sa tour octogonale et la kasbah qui peut se visiter (70 MAD).


Plusieurs restaurants sont concentrés sur la place, certains possèdent des terrasses surplombant la ville. Cependant, je vous conseille plutôt le restaurant Asaada un peu à l’écart des foules et bon marché (plats environ 35 MAD).
Pour profiter d’une vue panoramique sur la ville, rejoignez la mosquée Bouzafar située à 1,5km de la ville. Pour la rejoindre, un petit chemin visible sur l’application maps.me démarre depuis Ras-El-Ma. Les lumières y sont magnifiques au lever et coucher du soleil. Ceci n’étant pas un secret, attendez-vous à croiser beaucoup de monde. La vue du cimetière situé en contrebas est tout aussi belle et vous permettra de vous éloigner des perches à selfie.



Chefchaouen comporte une grande offre hôtelière. Nous avons opté pour la petite maison bleue, réservée par airbnb (90 euros/nuit pour 6 personnes). Cette maison de 500 ans pleine de charme donne l’impression d’avoir un petit bout de la ville privé.
AKCHOUR
Réputé pour ses eaux turquoise, sa grande cascade, son pont naturel et ses singes, Akchour est victime de son succès comme en témoignent les hordes de touristes au niveau du parking. Cependant, le site étant assez grand, si on s’enfonce suffisamment profondément dans les gorges, les foules diminuent et il est possible de trouver certains coins tranquilles.



L’itinéraire à emprunter varie en fonction de la saison durant laquelle vous partez. En effet, les chutes de pluies régulent le débit de la grande cascade, qui constitue l’attraction principale du site. Mieux vaut se renseigner au départ de la balade pour éviter d’atteindre une cascade asséchée.
Le chemin, dont la trace est disponible sur l’application maps.me, démarre depuis le parking. Après quelques centaines de mètres, le chemin se sépare en deux. Dans l’éventualité où il y a de l’eau au niveau de la cascade, vous pouvez emprunter le chemin vers la gauche qui vous mènera vers la grande cascade après 6 km (12 km aller-retour).
Cependant celle-ci se tarit en général au début de l’été. Il est alors préférable de prendre le chemin de droite pour 1,7 km (3,4 km aller-retour) pour atteindre le « pont de dieu« , vestiges d’une ancienne grotte dont il subsiste une arche naturelle. À partir de ce pont, les plus aventureux pourront poursuivre le chemin en alternant marche et nage pour trouver un endroit à l’écart des touristes. L’eau est fraîche voire franchement froide donc préférez une journée chaude pour y aller.
Tout au long des chemins, vous trouverez des piscines naturelles dans lesquelles il est possible de se baigner et de sauter ainsi que des petits restaurants proposant tajines et du thé qu’on déguste les pieds dans l’eau (une des activités de vacances préférées des marocains).



Le chemin ne présente pas de grandes difficultés techniques mais, pour ceux qui souhaitent poursuivre après le « pont de dieu » il est recommandé d’avoir des chaussures qui accrochent et qui peuvent rentrer dans l’eau. Dans la mesure du possible, il est préférable de ne rien prendre qui craigne l’humidité ou, a minima, les protéger dans une pochette étanche.
Pour y accéder, il faut prendre la voiture ou un grand taxi (taxis collectifs). Ces derniers démarrent à l’extérieur de la médina de Chefchaouen. La route de 45 minutes offre de belles vues sur le Rif et, en fonction de la saison, vous pourrez apercevoir les nombreuses plantations de cannabis, qui, malgré leur interdiction, ne sont pas cachées.

RANDONNEE DE CHEFCHAOUEN A AKCHOUR
Pour les accros à la randonnée, cette route de un jour et demi allant de Chefchaouen à Akchour vous donnera un aperçu du parc de Talassemtane.
Le premier jour se fait principalement sur une piste allant de Chefchaouen à Afeska sur 18km avec 1200m de dénivelé positif et 600m de dénivelé négatif. Le chemin passe à travers plusieurs plantations de cannabis, moteur économique de la région.
Compte tenu du climat sécuritaire instable lié au commerce illégal du cannabis, il est déconseillé de cueillir quoique ce soit (les fermiers risquent de vous courir après) et, même si le chemin est disponible sur maps.me, il est fortement recommandé de prendre un guide pour éviter toute mésaventure, celui-ci vous permettra d’emprunter par moment des chemins alternatifs à la piste. Malheureusement notre guide n’était pas incroyable donc je préfère vous laisser chercher par vous même.
Nous avons effectué le chemin à la fin du mois de septembre, époque de la récolte durant laquelle les agriculteurs rythment la randonnée en frappant les bottes récoltées pour en extraire la résine, communément appelée haschisch ou shit et le mélanger au tabac pour préparer le kif.


Nous avons passé la nuit au gîte d’Afeska, parfaitement intégré à l’économie locale, et qui était tout à fait correct.
Le deuxième jour, nous sommes partis de bonne heure pour parcourir les 12 km restants, sur un dénivelé négatif de 860m, jusque Akchour. Le chemin suit la vallée bordée de plantations avant d’arriver au pont de dieu et rejoindre la balade décrite ci-dessus.






Laisser un commentaire